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Le monde va mal, merci la péridurale

10 novembre 2025 • 4 min de lecture
C’est le titre d’un article qu’elle avait eu l’idée d’écrire. Mais elle ne l’écrira pas. D’abord parce qu’elle n’aime pas écrire. Et ensuite parce que l’univers fermée des sages femmes est sans vergogne. Elle ne souhaite pas être ciblée et pourchassée par ses pairs. Les femmes entres elles ne se soutiennent pas, ne collaborent pas comme le font les lionnes, elles se jalousent et prennent en proie celle qui souhaite sortir du statut quo. Ne pas faire de vagues, rester dans la meute apeurée, ne pas être… juste faire, faire comme le groupe, et tout ira bien. Dans ce milieu comme dans un autre, les femmes des sociétés « modernes » se battent entres elles. Médisantes. Malveillantes. Rongées. Ennemies. Elles sentent et ressentent l’odeur du féminin comme un poison qui, reniflé de trop près, pourrait les rendre malade. Alors imaginez donc ces énergies descendantes dans le milieu de l’accompagnement à la vie. Ces femmes que l’on appelle sages-femmes, on attend d’elles qu’elles soient sages. On veut que ces femmes soient les Mères des Mères. Les Mères des Mères qui donnent de leur sagesse sans conditions. Qui accompagnent sans jugement. On a besoin qu’elles nous nourrissent de leurs conseils, de leur savoirs, de leurs bienveillance, de leur douceur, de leur confiance et de leur amour. Devenir mère est le passage le plus sacré, le plus délicat, le plus précieux, le plus difficile, le plus. Ce passage qui existe depuis que le monde est monde n’est pas sensé être vécu seule. Les femmes qui l’ont vécu avant nous, qui l’ont vu, doivent nous passer leurs sagesses, ces sages-femmes. En tant que future mère, nous posons nos genoux à terre, et nous nous inclinons avec tendresse et respect pour accueillir cet accompagnement. Ce passage de jeune fille à mère, nous n’avons pas le choix que de le vivre. Nous voulons le vivre. Nous voulons ressentir le passage parce que nous voulons et devons ressentir la naissance au monde d’un être humain qui passe à travers nous. Donner vie est par définition l’acte sacré. Accoucher est l’acte qui ouvre à la vie. Pour affronter cet acte héroïque, nous avons besoin d’être préparées. Accompagnées. Guidées et écoutées. Rendez-vous compte, la vie naît en moi. Puis elle se développe en moi. Ensuite la vie naît grâce à moi, à travers moi lors de l’accouchement. Enfin, la vie survie grâce à moi. Devenir mère signifie faire mourrir la jeune fille pour faire naître la mère. Ce n’est pas moins qu’un réel changement d’identité. Et devinez quoi? Pour le vivre en douceur, nous, futures mères, avons besoin de recevoir de la douceur. Nous avons besoin de femmes sages (sages-femmes) qui nous entourent. C’est ce que j’ai ressenti. Au début de la grossesse, j’ai eu envie de me blottir contre une mère et de dire « j’ai peur ». Bella s’est présenté à moi. Rassurante, elle avait le savoir. Dans la chaleur de mon foyer et de son foyer nous nous rencontrâmes plusieurs fois pour préparer l’accouchement. On les appelle « les domiciles ». Les sages-femmes qui choisissent d’accompagner les naissances dans la douceur du foyer parental. C’est un accompagnement personnel. Un accompagnement naturel. Un accompagnement humain. Profondément, un accompagnement de femmes et féminin.  Je lui ai ouvert ma part d’ombre, mes blessures, je lui ai montré mes cicatrices. Tout mettre à plat sur la table pour regarder ensemble mon état physique, émotionnel, psychologique et spirituel. La jeune fille que j’étais allait se présenter devant le Portail pour accomplir le sacré. Mon corps allait s’ouvrir. Bella devait me connaître pour m’accompagner à traverser cet épopée. Nous allons la traverser ensemble, me dit-elle. Toi, moi et le père de l’enfant à naître. Nous allons vivre le passage. Tu vas être la reine de ton accouchement, tu as toute la puissance en toi. Ton corps sait. Ton mental doit lui laisser la place. Alors j’ai pu m’abandonner et oser dire à ma femme-sage « Mère des Mères, j’ai peur.  Qu’est ce que c’est? Que vais-je ressentir? Comment mon corps va t’il donner vie? Quelles sont les leçons de sagesse pour s’occuper d’un nouveau né? »  Après cette préparation intime, c’est avec le cœur ouvert que j’allais m’abandoner à mourir pour vivre.  Et puis, l’instant était la. Mon corps commençait la danse de la vie. J’étais prête. J’avais confiance. La douleur était si intense, si inconnue, mais bizarrement, peut être avec du recul, elle était bonne. Bonne comme la douleur d’épuisement qui mène à la victoire. Cette douleur qui s’étend sur de longues heures, c’est le chemin à traverser pour aller de l’autre côté. Chaque contraction mise bout à bout les unes après les autres représentent la chaîne de travail de la naissance. Une chaîne unique, qui ne peut être répliquée à l’identique 2 fois. Chaque contraction a été gagnée par la mère pour s’approcher d’un peu plus près de son bébé. Pourquoi vouloir cacher et gâcher ce travail d’empuissenssement de la femme qui devient mère avec une anesthésie? Oh, mais pour éviter d’avoir mal, répondent-ils tous. Éviter d’avoir mal?! Avez-vous une péridurale pour chaque épreuve de la vie d’une mère, je réponds amusée et médusée. La nature sait. Elle a décidé que la femelle, à travers toutes les races, vive ce passage dans une douleur certaine pour ressentir la mère naître en elle. Pour que l’enfant naisse, la mère doit d’abord se montrer avec force et puissance. Elle doit puiser à l’intérieur de ses tripes pour apprendre à s’élever. Elle doit créer. Nos sociétés dites « modernes », notre civilisation dites « avancée » veut tout rendre facile, impersonnel, standardisé. Mais mon cher ami, être mère est difficile il ne sert à rien de le cacher. Être mère est intime on ne peut pas le procédurer. Pourtant, la nouvelle norme est le duo « hôpital et péridurale ». Ca rime en plus, joli package! Le bébé n’est même pas encore né sur Terre qu’on lui coupe déjà le lien avec sa mère. Péridurale et hop la douleur se tait... La femme ne dit plus rien, passive, le corp endormi, elle obéit. Elle a perdu son pouvoir, le pouvoir sur son corps, sur son accouchement. Le monde va mal, fermez les yeux, citoyens. Le monde va mal, prenez la péridurale. Endormissez-vous depuis la naissance et pour le reste de votre vie. Mais pourquoi? La souveraineté mon cher ami, la souve-REINE-té. La souveraineté individuelle est l’ennemi du troupeau. Qu’il est bon de se rappeler que je suis. Je suis responsable, reine et souveraine de mon esprit et de mon corps. Que le voyage de la vie sur terre se vit vivante, pas endormie. C’est un cadeau divin que nous offre ces sages-femmes « à domicile » de nous aider à nous rappeler que nous sommes crées pour donner la vie. Lorsque mon bébé est né, encore high d’endorphines, tout mon être s’est rempli d’une profonde reconnaissance. Les yeux remplis, allongée dans mon lit, j’ai dit à Bella: Merci, Merci, Merci de faire le travail de dieu.  À toutes ces femmes-sages « domiciles » du monde depuis que le monde est monde et qui permettent l’empuissenssement des femmes et des mères, merci. Merci de nous permettre de renouer avec nos cœurs. Le plus beau cadeau qu’on puisse offrir à un nouveau né est sa naissance. Le plus beau cadeau qu’on puisse offrir à une mère est aussi sa naissance.  À ma Bella, la Goddess de la naissance, Mère des Mères, merci pour ta sagesse, ta douceur et ton amour.